L'hypercarte et les territoires

08/06/09

| Auteur : Janique Laudouar 0

Hyperurbain 2

Source image à la Une: la Montre verte stylisée par le CITu et  l'artiste Maurice Benayoun a eu un vif succès.

Le préfixe "hyper" de l'hypermodernité exprime ainsi à la fois l'exagération de la modernité et sa structure à "n" dimensions.(François Ascher, Le mouvement dans les sociétés hypermodernes, UTLS)

Brain La Cité des Sciences et de l'industrie accueillait dans le cadre de Futur en Seine les 3 et 4 juin 2009 le colloque Hyperurbain2 organisé par la FING et le CITu du laboratoire Paragraphe de l'université Paris 8. Certains projets artistiques avaient déjà alerté les internautes sur une avancée majeure des usages. Bureau d'études avec ses cartes et organigrammes (LE GOUVERNEMENT MONDIAL, SAVOIRS ET POUVOIRS AUTONOMES).

Maurice Benayoun et Jean-Baptiste Barrière avec la saga La mécanique des Emotions : Emotional Traffic (e-traffic) présenté en 2005 à Ars Electronica, et plus récemment Still moving, devant le Grand Palais lors de la Fête de la Science en 2008 sculpture géante et sonore, carte du monde dynamique (Internet, moteur de recherche, carte).

L'artiste Christian Nold avec ses cartes émotionnelles et sa cartographie des émotions en forme de scultpures 3D. L'une des dernières oeuvres « cartographiques » en date étant celle d'Albertine Meunier présentée au Wikiplaza , Stweet, croisement (mashup) de Google Street view et Twitter. Intuitions confirmées par les intervenants d'Hyperurbain2 : les nouvelles cartes « participatives » sont arrivées et avec elles « les formes émergentes d'appropriation des territoires ».

Le géoweb participatif : ma carte sur Internet

Boris Beaude, du laboratoire Chôros - Ecole Polytechnique de Lausanne, Suisse présente en introduction OpenStreetMap. : « nous cartographions votre région, c'est fun, c'est gratuit, tout le monde peut participer! ». Une « carte du monde, faite par des gens comme vous», comment est-ce possible? Grâce aux nouvelles API (Application Program Interface) du Web 2.0 qui permettent d'emprunter des fonds de cartes mis à disposition et de les utiliser, les annoter, les personnaliser.

Le mashup ou aggrégation des API et autres « mapplets » jouent un rôle important : on croise textes et images, photos, sons et pictos, sur fond de cartes, dans la liberté et la créativité. Plus de 100 Mapplets sont d'ores et déjà disponibles en ligne dans un annuaire proposé par Google et permettent à l'utilisateur de constituer des cartes personnalisées.

CloudMade, un additif à OpenStreetmap est un éditeur de styles pour personnaliser vos cartes.

WikiMapia  utilise les vues satellitaires de Google Maps et permet de les annoter avec un système wiki.

Boris Beaude cite encore Peuplade, « le site qui vous relie à votre quartier », la Ruche et ses abeilles, et même le site de la Maison Blanche qui interroge les citoyens en leur proposant de géolocaliser leur action" que faites-vous actuellement pour le changement ?"

"Dis-moi où" que m'avait fait découvrir Xavier de Mazenod et Zevillage fait partie de la panoplie.

Et encore geocaching, la chasse aux trésors avec GPS. Ce qu'il faut en conclure : que l'utilisateur est de moins en moins consommateur et de plus en plus producteur d'informations. Emtional Map

googlemap

Nouvelles perspectives pour les collectivités

« Il existe aussi cependant la promesse récurrente d'utiliser le potentiel civique et participatif des nouvelles technologies afin de reconnecter les gens à l'environnement local dans lequel ils vivent.

Le sociologue Manuel Castells parle dans ce contexte de la réorganisation de l'espace des lieux grâce à l'espace des flux. » Cet extrait du texte d'introduction de World-Information City Conference, qui avait lieu les 30 et 31 mai à la Maison des Métallos à Paris, pourrait s'appliquer au neogeoweb. L'impact, comme l'a fait remarquer la salle est d'abord politique.

Boris Mericksay (département de géographie), et Stéphane Roche (département de géomatique), Université de laval, Québec voient avec « l'impératif participatif » de nouvelles perspectives pour les collectivités.

Si elles savent interprêter de façon positive la capacité des citoyens à co-écrire le territoire, elles en sortiront valorisées par les compétences et des talents de leurs habitants. Les élus et responsables du territoire auront à examiner la validation des ressources générées par l'utilisateur et modérer les subjectivités. Si elles refusent le phénomène, elles prennent le risque d'être rapidement débordées par ces nouveaux « professionnels amateurs ».

Certaines questions émanaient de géographes dans la salle réalisant soudain la prolifération d'amateurs dans un domaine jusque là consideré comme scientifique. De jeunes doctorants comme Jérémie Valentin (CNRS, univeristé de Montpellier III)s'attachent à montrer l'importance de prendre en compte ces « nouveaux usages géographiques du cyberespace  » et les intégrer à leur cursus. Loïc Hay, le bouillant chargé de mission à Artesi IDF- et "Explorateur du Web" - proposait encore et encore d'autres cartographies numériques avec son hyperprésentation, où abondent les exemples de cartographies "citoyennes" et de dispositifs inscriptibles : "Les villes face aux nouvelles cartographies numériques" . 

Street-view   Carte personnalisée Inde











Le point de vue du citoyen

Etre piéton dans la ville, c'est quoi? "Du piéton perdu au piéton RFID" La sociologue Sophie Pène (GRIPIC-EA 1498, université Paris IV) démontre à la fois la force des innovations et  l'illusion du tout techno dans "la ville globale hypersémiotisée"  qui piège parfois les utilisateurs. Parmi ces "nouvelles épreuves de la mobilité hyperdocumentée" :  le piéton privé soudain de batterie de portable, sans repère, et sous dépendance des données numériques. Se situer à la fois dans le trajet numérique et l'espace physique peut être source de perturbation. Le GPS de l'iphone va-t-il finir par nous faire perdre le sens de l'orientation? Pour Rob van Kranenburg, de Resonance design, Gent, Belgique, le citoyen doit être à la fois un « hacker » et un interlocuteur pour l'Europe. Cette double casquette lui permet la créativité avec un pied dans l'Institute of network cultures à Amsterdam et l'ancrage institutionnel en dialoguant éthique des nouveaux medias avec la cellule européenne; "Soyez acteurs, autrement vous serez dépassés" prédit-il aux français.  L'approche artistique peut se conjuguer avec urbanisme pour Laurent Desombre, Smaîl Khaïnnar et Patrizia Laudati. L'annotation peut être cruciale lors d'une catastrophe naturelle. Une carte dynamique la Nouvelle Orléans lors de l'ouragan terrible a été produite par les citoyens, présentée par Marc Relieu, Telecom paris Tech. Elle donnait des nouvelles en temps réel de la montée de l'eau, de l'état d'une rue, ou lançant un appel pour retrouver Hyperurbain2 se concluait par un atelier « google maps » où Bernhard Rieder, dont l'expertise est pouvoir et technologie, tentait de nous convertir au  java script, nécessaire pour mettre en oeuvre une cartographie personnalisée, à la portée de tous ou presque. Thierry Marcou de la Fing emmenait les participants volontaires faire un tour avec la Montre verte du CITu, symbole concret de la « captation distribuée de données environnementales».

Pour le citoyen déjà avancé dans ces usages, être scripteur créateur de carte va de soi, mais qu'en est-il du dialogue avec les collectivités territoriales qui ont le semtiment que la cartographie de leur territoire et leurs données leur appartiennent? La ville devient une surface d'écriture" disait Maurice Benayoun en ouverture de la journée 2 d'Hyperurbain2. Et la campagne aussi.  Des innovations que devront connaître, analyser et expérimenter les territoires s'ils veulent garder une longueur d'avance et être en phase avec les citoyens numériques.

 

La montre verte, prototype

 

 La Montre Verte, prototype (CITu)

"La montre verte est d'abord un dispositif personnel communiquant équipé de deux capteurs environnementaux (ozone, bruit,) d'une puce GPS et d'une puce Bluetooth. L'appareil a la forme d'une montre que son porteur emmène avec lui dans la ville, capturant et stockant des mesures qui sont ensuite publiées sur le réseau." Complété par : un téléphone mobile, une plateforme City Pulse, pilotage et observation. 


Réseaux et lieux :

Territoires :

English version

From Christian Nold biomapping.net : "Bio Mapping has won the SciArt R&D award which will give me time to write a book about the project and commission some critical / historical essays around the project. If you are intersted in writing one get in touch!"

Emotional Cartography - Technologies of the Self, Edited by Christian Nold, 2009

 

En savoir plus

 

Mapping party : le 10 août à Bègles

13 au 15 août : Mapping party à Paimpol et sur l'île de Bréhat

30 et 31 août : Mapping party à Nantes

 Publications et recherche

Citée par Sophie Pène, Nancy Fraser, théorie sociale et politique New School for Social Research de New York

 François Ascher, grand prix de l'urbanisme 2009
Le grand prix de l'urbanisme 2009 a été décerné mercredi à François Ascher. Economiste, urbaniste et sociologue de renom international, il est professeur à l'Institut français d'urbanisme (Paris 8ème).
Les nouveaux principes de l'urbanisme (Poche) Editeur : Editions de l'Aube (1 octobre 2008)
Collection : L'Aube poche essai
Présentation de l'éditeur

Emotional Cartography - Technologies of the Self, Edited by Christian Nold, 2009

 

Vos commentaires (0 Commentaire(s))

Laissez un commentaire