Du Palais de Tokyo à la Maison du Filet

16/07/10

| Auteur : Janique Laudouar 0

 
Barbara Orosz entre deux toiles de Franck Le Gall à la Maison du Filet, La Perrière (61)

Du Palais de Tokyo à la Maison du Filet

 Un récent article paru dans Le Monde Magazine du samedi 26 juin 2010 m'incite à publier de façon un peu inhabituelle dans Artank un article demandé amicalement par Barbara Orosz, sculpteur. Elle est à l'initiative d'une expo-manifeste de 8 artistes revendiquant leur « professionalisme », le fait de vivre de leur art dans un territoire où le mot "art" est parfois galvaudé. Ils ont investi l'ex-Maison du Filet, prêtée par l'écrivain Julien Cendres, avec pour objectif d'être « visibles » dans ce village ami des arts : La Perrière dans le Perche. L'article de Philippe Dagen « La France découvre ses peintres » va dans le même sens, soulignant que le public n'est pas tenu informé « de ce qui peut bien se passer dans les ateliers des peintres ». L'exposition Dynasty à Paris (Palais de Tokyo et Musée d'Art modene) présente sept peintres, et va ainsi à contre-courant d'un certain académisme à rebours : « les institutions artistiques se sont figées à la fin des années 70 dans un « duchampisme » antipictural systématique : la peinture était morte et enterrée ». Tilt a été cette année une importante « manifestation où plus d'une centaine d'oeuvres contemporaines appartenant à l'Etat » ont été exposées de mars 2009 à mars 2010 », A l'initiative du Centre national des Arts plastiques, Tilt a donné une large place aux « installations, projections vidéo, oeuvres sonores » (préface de Richard Lagrange, directeur du CNAP) avec le souci louable de rendre  ces acquisitions accessibles au public. Une seule oeuvre de peinture est reproduite dans les "Cahiers de la Création contemporaine" revue du CNAP qui accompagne la manifestation : 108 brigands de Yan Pei-Ming (Shanghai). Faudra-t-il aller en Chine pour voir des peintres? Ou au contraire s'annonce en France une « renaissance », un retour du pictural? Philippe Dagen conclut : « A en croire Dynasty, le temps de la proscription serait en train de passer ».

Christelle 2008 harper Une « Nouvelle Renaissance » à la Maison du Filet (La Perrière)

« Diversité » est un des mots préferés de Julien Cendres. Ces huit artistes habitants de la Perrière ou du Perche, réunis par « des rapports d'amitié et de respect mutuel » proposent des univers différents. Paul BITTAR (peintre), CAPTON (peintre), Richard HARPER (peintre),, Franck LE GALL (peintre),Barbara OROSZ (sculpteur) Bc.PIERRON (peintre), Michel PLAISIR (peintre) – et KOSSI sculpteur qui semble avoir rejoint le groupe dans ce lieu au coeur du village de La Perrière. «  Les artistes se fréquentent assez peu », constate Julien Cendres, (voisin à la Maison d'Horbé) « et quand ils ont des expositions c'est souvent à titre individuel. » Richard Harper, d'origine américaine et depuis 15 ans à La Perrière avoue y vivre « caché » et avoir hésité avant d'accepter. « Cachés » aussi les artistes en résidence dans les lieux privés, tel le Manoir de Soisay. D'où « l'envie de se montrer » selon Barabara Orosz, l'initiatrice de ce projet collectif, elle aussi « pionnière » de La Perrière où elle aménage son nouvel atelier. L'objectif est : «le professionnalisme avant tout. L'espoir, c'est de regrouper des artistes réputés égocentriques dans un lien de solidarité entre artistes ». Il est temps que les artistes professionnels du Perche obtiennent une visibilité trop souvent éclipsée par la multitude de manifestations qui associent professionnels et amateurs dans un amalgame où le public ne s'y retouve pas toujours. Le mot « art » dans le Perche connait des interprétations ...diverses, il n'est que trop souvent confondu avec « animation culturelle ». Quelques tableaux posés sur un trottoir, entre frites et flonflons, peuvent tenir lieu de sympathique animation de quartier, ou contribuer à l'ambiance d'une fête de village, mais ne mérite pas forcément le titre « d'exposition artistique ».

« Il y a un moment où la magie opère » (Paul Bittar)

Ici à la Maison du Filet, nous sommes dans une vraie galerie : l'accrochage est soigné, la lumière pertinente, les oeuvres ont une réelle présence et une harmonie sous-jacente semble tisser un fil invisible, entre les indigos et orangés de Michel Plaisir et les transparences de même tonalité de Bc Pierron, les craquelures sur bois du sculpteur Barbara Orosz et les patines craquelées du peintre Paul Bittar. Entre la courbe des dos nus de Richard Harper – de magnifiques dessins et esquisses à l'huile sont exposés - et «La  Dévoilée » de Franck le Gall, qui se presente, dos dénudé et tête voilée, dans une posture provocante et pudique. Richard Harper, qui a su trouver un public qui le suit de Paris à New York en passant par Deauville n'aime pas trop se pencher sur les motivations des collectionneurs qui achètent ses toiles. Peut-être finit-il par avouer, que ce qu'ils ressentent derrière une cambrure, une chevelure dénouée, c'est la « présence », « c'est l'âme » . Et il semble que le public ne s'y trompe pas. A la Maison du Filet les toiles et sculptures sont observées avec l'attention que mérite un certain niveau de qualité. Les prix sont affichés clairement, un effort particulier a été faits par tous pour proposer de petits formats à des prix abordables. C'est à regret que Paul Bittar accepte de se séparer d'un très beau portrait vendu le jour du vernissage, »Servante aux cheveux dénoués »,. Le regard glamour évoquant plutôt les stars des années 40 50 et la coiffure de Rita Hayworth alors que l'intention de l'artiste était d'évoquer l'ancien. Un tableau qui a plu à tous...pourquoi? Pour lui, comme en cuisine, comme dans toutes les disciplines, « il y a un certain moment où la magie opère » et où une oeuvre atteint l'achèvement et une aura « magique ».

vache normande de CAPTON« Nouvelle renaissance », un nouveau mouvement artistique?

Le point commun au groupe de ces irréductibles, qui revendiquent une « Nouvelle Renaissance » : ne pas avoir peur d'être à contre-courant de l'art contemporain et des courants conceptuels en vogue, véritable «académisme à rebours ». La maîtrise de la technique issue des maîtres anciens est appréciée du public. Pour Richard Harper : « Aux Etats-Unis il y a de la place pout tous les style, les français sont plus ...cartésiens, ils étiquettent, catégorisent. Peu de galeries exposent de la peinture figurative de bonne qualité, comme Alain Blondel à Paris, (ndlr : galeriste de Richard Harper), dont c'est « la bataille » philosophique ». Ici en France il y a la pression du « bon goût », la crainte du ridicule, il faut s'assurer qu'on est dans le « bon goût ». A l'opposé du « bon goût » obligé, le kitsch assumé n'est pas absent de l'art-expo de la Maison Du Filet. Le public jugera selon son coeur. « Chacun a une technique différente », selon Michel Plaisir « et nous avons bénéficié d'un espace égal ».  « Plaisir » est-il un pseudonyme?, » mais non, même si les toiles évoquent une vie rêvée comme ce garçon au regard bleu turquoise et aux ailes de papillon, prêt à prendre son envol. « Mes tableaux sont très lumineux . Pour Bc Pierron, « le moins figuratif » selon lui, ce sont des couches superposées de peinture à l'huile qui prennent beaucoup de temps. Deux mois pour le tryptique exposé Rêve précurseur de Pandora.. De ces couches successives nait une transparence. Un « glacis » très travaillé « je veux qu'il n'y ait aucun trait de peinture visible. » Quelle thématique générale? « Quand je commence un tableau je n'en connais pas le sujet, je pose des noirs, mas je travaille une réalité imaginaire, de l'infiniment petit à l'infiiment grand ». Il aime « jouer à Dieu » entre cosmos et chaos, pour « reconstruire ensuite une certaine harmonie ». Pour Michel Plaisir au contraire tout est construit d'avance, « mon centaure est très dessiné ». Les vaches de Capton sont bien connues mais le peintre présente aussi un travail récent sur le corps « après s'être interessé aux nus de vaches » comme le dit en riant Julien Cendres. Franck Le Gall qui connaît un très vif succès (voir son site) acomme peintre animalier se lance aussi dans les portraits de femmes. Dans le travail de Barbara Orosz, il y a deux thèmes « le corps humain et les animaux » , bronze pour les sculptures, et bois pour les bas-reliefs, avec un aspect craquelé maîtrisé du en fait « à une erreur d'atelier » dit en riant Barbara. Paul Bittar a eu une éducation classique, les ateliers Met de Penninghen puis, « Les Arts Deco de Paris avec 20 heures de croquis de nus par semaine ». Et enfin Internet : «Je vis de mon art, principalemnt du dessin via Internet. Internet est arrivé à la campagne il y a une douzaine d'années et j'ai posté quelques dessins. Très rapidement un noyau de fans s'est constitué autour de mes dessins en ligne : un européen dessine à l'américiaine! J'admire les « comics » américains, Milton Caniff, Jack Kirby, Alex Raymond de très grands dessinateurs au style proche des gravures anciennes. Mes tableaux : je suis daltonien, je ne vois pas les couleurs, je pose d'abord les « valeurs », le noir et blanc, et lentement, j'apporte les couleurs, qui vont « tenir » d'autant plus que j'ai soigné le dessin sous-jacent».

 

Une « nouvelle Renaisssance pour La Perrière?

Le village de La Perrière va-t-il lui aussi connaître « une nouvelle renaissance » ? Paul Bittar le ressent comme « plus ouvert qu'un village agricole », avec son passé ouvtrier. «  J'aime que ce village soit en vie ». Le collectif Label Friche, sur le site de l'ancienne usine de Dreux y a longtemps imprimé «  l'avant-garde » et «  une couleur très contemporaine », des options extrêmes pas toujours prisées des habitants. « L'art contemporain apporte plus de confusion que d'aide, c'est un art un peu égoîste, avec peu d'autocritique » selon Paul Bittar. Julien Cendres est convaincu que le sort du lieu se joue aussi sur la « durée ». Trop souvent des expositions éphémères se succèdent et à peine annoncées sont déjà achevées. Hors quinze jours ou même un mois ne laissent pas le temps de voir ou revoir le travail de l'artiste regrette le sculpteur Kossi. Ici au contraire, on pourra suivre l'évolution de l'oeuvre, se familiariser avec la démarche de l'artiste.  Le 26 juin 2010 jour du vernissage on pouvait aussi entrer dans les lieux voisins, comme le très raffiné HELO, atelier/galerie où on reconnaît la « patte » de Jean-Noël Loriers, déjà présent à la Maison d'Horbé. Un lieu où on a tout de suite envie d'acquérir un peu de beauté : un objet, un souvenir ou pourquoi pas les très beaux portraits miniatures que Jean-Noêl Loriers s'apprête à reproduire en grand format, ou encore un cadre floral de Corinne Heraud, au tracé de dentelle délicate. La réouverture de La Maison du Filet suit la manifestation toujours apprèciée du  Marché d'Art dont la 14 ème édition a eu lieu les 23 et 24 mai 2010, et pourrait bien redynamiser la Perrière en tant que village « artistique »...où l'on rencontrera enfin les artistes.

La Maison du Filet Galerie de la Maison du Filet

Grande Place , Le Bourg La Perrière (61) Horaires d'ouverture : 11 h/13 h - 15 h/18 h du mardi au dimanche en juillet - août et ensuite les samedis, dimanches et jours fériés jusqu'à la Toussaint. Informations : lamaisondufilet.blogspot.com et galerie virtuelle : www.lamaisondufilet.odexpo.com

 Le Perche des Arts

 Nombre de ces artistes font partie de l'ouvrage Le Perche des Arts de Homayoun Minoui paru en 2009 (Reflect Editions) dont l'objectif est de mettre en valeur les artistes du Perche

Exposition Dynasty

Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris et Palais de Tokyo
11-13 avenue du Président Wilson Paris 16 ème
Du mardi au dimanche de midi à minuit.
Entrée de 3 à 9 euros
Jusqu'au 5 septembre 2010
http://www.dynasty-expo.com/d/fr/

magazine 12 - été / summer 2010
Numéro spécial DYNASTY / Special issue DYNASTY
Sortie le 10 juin / Out on June 10
En coédition avec le Centre national des arts plastiques / Copublished by Centre national des arts plastiques

 Dynasty

 


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