Creative Istanbul : ISEA 2011

22/09/11

| Auteur : Janique Laudouar 1

 Kasagalerie

EMERGENCE, an interactive biofeedback art by Sean Montgomery, Diego Rioja, Mustafa Bagdati, Hyperstrata, Kasa Gallery

ISEA 2011 ISTANBUL

Une ville bouillonnante, gaie, à qui l'audace convient bien : les habitants y sont prêts. Istanbul sait allier le patrimoine et ses mille mosquées (elle est la ville au monde qui en possède le plus grand nombre) et une mouvance urbaine dynamique, surprenante, vivante. Moderne comme son musée Istanbul Modern qui accueille la célèbre Biennale. Elle sera (en tout cas c'est affiché) la capitale du sport en 2012. ISEA 2011 est placée cette année sous le signe du contact : « networking », contacts humains, contacts tactiles et sensible avec les oeuvres, contact hybride entre virtuel et réel. Il se n'agit ici que d'un simple aperçu subjectif parmi les nombreuses propositions offertes par la manifestation.

EmbarquementISEA2011BosphoreISEA

Art contemporain, art, science, technologie

Qu'elle semblait sage et disons-le, quelque peu convenue, la 12 ème Biennale d'Istanbul placée sous le signe de l'artiste cubain Felix Gonzales-Torres et son message politique post-minimaliste. Les commissaires avaient choisi cette année concentrer l'exposition (dont 5 expositions collectives) dans les entrepôts 3 et 5 de l'Istanbul Modern. Le thème « Untitled » en référence à Felix Gonzales Torres qui nommait ainsi la plupart de ses œuvres. Un parti pris très « daté » années 80 et 90 d'où sans doute l'impression (tout subjective) de « déjà vu » face au thème, par exemple de « Passeport » et à la thématique de la frontière archi-traitée dans l'art contemporain. Seule (ou presque, je n'ai pas tout vu) Renata Lucas et son « plancher portable » (Failure, 2003), une oeuvre, « flexible, adaptable » m' a semblé coller à l'époque, de par sa matière (le bois) et la taille des planches (1, 03 x 1, 45 m) et son incitation à l'interaction.failureRenataLucas  La rigueur du parti pris des commissaires Jens Hoffman et Adriano Pedrosa permet de voir ou revoir des artistes comme Martha Rosler, respectés, estimés, et aux artistes l'occasion d'exposer dans un espace internationalement connu... mais la rétrospective est-elle le rôle d'une biennale? HankWillisThomasBiennaleIstanbul

Works : Renata Lucas Fay Hatti (Falha) 2003 Failure,  Hank Willis Thomas I am, Amen series (2009)  "I Am a Man"

Je n'ai pas pu voir l'exposition Dream and Reality consacrée aux artistes femmes turques dont on dit le plus grand bien. Le jaillissement qu'on peut attendre d'une Biennale se trouvait plutôt dans le programme parallèle d'ISEA 2011, le rendez-vous du monde de l'art et de la recherche électronique (du du 14 au 21 septembre) et particulièrement dans à la galerie CUMHURIYET de Taskim Square (Untitled, Untitled & Uncontainable) . Les deux mondes de l'art contemporain et de l'art contemporain électronique ont fait l'effort de se rapprocher, mais les passerelles entre deux lieux, deux approches étaient peu visibles. Plutôt un affichage qu'une réalité.

Le directeur artistique Lanfranco Aceti avait réussi à attirer, selon son estimation , quelques 1350 intervenants et participants locaux ou internationaux à ISEA 2011. La terra virtualis turque (du nom de l'oeuvre venue d'Australie) était explorée dans de multiples lieux d'Istanbul et sous de multiples formes (ateliers, parcours, labs, conférences). Certains intitulés excitaient l'imagination, tel « The institute of unecessary resarch » (« L'institut de la recherche non nécessaire ») ou "Secure insecuirity" ou encore "The beauty and the geek". mais un tel foisonnement rendait impossible l'approfondissement.

Représentation française à ISEA 2011

Ci-dessous l'artiste Olga Kisselva sur le ferryboat, la galerie CUMHURIYET sur Taksim Square où avait lieu en partie l'exposition Uncontainable

OlgaKisselevaISEA2011UncontainableISEA2011Oui les français étaient à ISEA 211, avec l'exposition « in the clouds » du collectif nunc, un bel objet d'édition qui vous permet d'être votre propre commissaire d'exposition,  Anne-Marie Duguet, pionnière et toujours provocatrice, décryptait une nouvelle approche de la robotique dans l'art, Maurice Benayoun et son workshop sur Art Collider,  Anne Roquigny qui présentait WJ's à l'Institut Français, Scenocosme représenté par Anaïs met den Ancxt, Annie Abrahams avec Huit Clos participait à la table ronde Intimate TV, Andréa Davidson entre Paris et Londres, Ggwenola Wagon et Stéphane Degoutin avec un curieux projet " the Mechanical Turk", Olga Kisseleva russe française avant de s'échapper à Moscou avec la commissaire Olga Shishko. Rencontre aussi avec d'autres nationalités bien sûr, grecques, chinoises, comme Jiang Bin (Ye Cheng) et son ecotopia, la Finlande avec Tapio Makela et son ecocoaching , slovènes etc. Sur le ferryboat qui emmenait les participants le long du Bosphore au coucher du soleil, Anne Roquigny faisait les présentations et prenait au pied de la lettre l'incitation au networking : un nouvel espace à Ljublana, www.akiosma.org , une plateforme "art et technology" à Istanbul et une manifestation Amber, avec Ekmel Ertan.   Instant magique où les leds des ponts, comme la Tour Eiffel à Paris, scintillent sur la mer Marmara tandis que pointe une lune blanche.

14 septembre ISEA 2011 lancement de 6x6/36 (éditions subjectile)

datamatrixsubjectileC'est un petit carnet blanc glacé intitulé 6x6/36, http://www.nunc.com/6x6-2/deplacementmobility, placement/Mobility (éditions subjectile) A l'intérieur, une exposition potentielle dont vous pouvez être le « curator » . Chaque carnet propose « les créations de six artistes réunis autour d'une thématique commune ». En savoir plus grâce aux « datamatrix » (lors de la présentation ils étaient collés sur un ballon, aux participants de les disséminer dans la ville) .Le thème du déplacement était particulièrement pertinent dans une ville comme istanbul où on se perd souvent, ou on peut aussi choisir sa géogreaphie (l'Europe, l'Asie, la mer, la ville). « Enjeux liés à la cartographie, à la géolocalisation, sans oublier l'écologie. »Les oeuvres de Annie Abrahams, Beatriz da Costa, Nicolas Frespech, Antti Laitinen, Albertine Meunier et Servovalve (Gregory Pignot et Alia Daval).Votre exposition dans l'ordre que vous souhaitez et avec le sens que vous souhaitez  lui donner peut avoir lieu dans un espace privé ou public.Comme tous les dispositifs, il demande à être vécu, experimenté. Ce qu'on peut ajouter c'est que le collectif nunc est composé de personnalités estimées dans le monde de art/sciences/technologie : Clarisse Bardiot, Annick Bureaud, Cyril Thomas et Jean-Luc Soret, auquel on doit une des manifestations les plus pointues du domaine http://www.art-outsiders.com/2010/index.html Compétences mutualisées projets ouverts sur l'extérieur. Clarisse Bardiot a parfaitement étudié l'état des lieux du livre à l'heure actuelle : librairies, diffusion, valeur ajoutée du numérique (le livre « augmenté ») avant de monter sa maison d'édition subjectile.

AkousmafloreAnais2Scenocosme (Grégory Lasserre & Anaïs met den Ancxt)

Akousmaflore

Un des traits remarquables de l'œuvre de Scenocosme donne peut-être la clef de la majorité des œuvres de l'exposition à la galerie  : la technologie est invisible, l'humain et le poétique très présents. Le dispositif Akousmaflore en est un exemple. L'objectif de Scenocosme est d'offrir une occasion de rencontre, un instant de poésie, "un instant pour capter l'invisible, ce qui échappe à notre perception ». Rencontre entre le visiteur et l'oeuvre, mais surtout entre entre les visiteurs, étonnés de cette magie ludique. Des plantes vertes sont accrochées au plafond, et le visiteur est invité à toucher délicatement, frôler, ces lianes d'où vont alors jaillir des sons qui varient selon l'énergie du contact ainsi établie. Certains sont vifs, d'autres mélodieux, d'autres réalistes évoquent le gazouillis des oiseaux. « hybridations possibles entre végétal et technologie numérique. Les plantes sont des capteurs naturels et vivants, sensibles à des flux énergétiques divers. » A quoi tient le succès international de Scenocosme qui expose ses installations dans le monde entier? Sans doute à l'implication forte du visiteur, au contact humain. Les visiteurs aiment entrer dans le jeu proposé « voir comment le son peut influencer notre manière de toucher l'autre ». Une oeuvre qui peut « susciter une histoire entre deux personnes ».

Lights contacts

Autre scénographie pour cette «installation sonore interactive et lumineuse mettant en scène le corps et la peau des spectateurs ». Rencontre sous un parapluie, d'où émane une lumière colorée et un flux sonore quand les mains se posent sur une bille brillante. « Une installation très minimale » dit Anaïs met den Ancxt. Scenocosme aime traiter « les petits espaces » , l'invisible permet l'intime. Bien sûr des capteurs sont dissimulés et on pourra trouver sur le site le détail des installations de Scenoscosme.

Une sculpture traverse la galerie

DiamandiniUne forme blanche se déplace harmonieusement à travers les voutes de la galerie, une sculpture de femme, texture de porcelaine. Là encore la technologie n'est pas visible à première vue. Signs of Life: Robot Incubator exhibition propose des robots tendant vers des réactions humaines, qui viennent vers vous et qui bientôt montreront leurs émotions face à la nôtre, il s'établit « un langage du corps » du robot. Diamandini est un projet développé depuis 5 ans par Mari Velonaki et divers centres robotiques (Australie), c'est sa première exposition. La curatrice : Kathy Cleland est australienne a fondé la  Robot Cultures research initiative et fera partie du comité ISEA 2013 à Sydney. Anne-Marie Duguet faisait partie de la table ronde sur ce sujet et définitla potentialité de ces prototypes comme un "dys-fonctionnement positif" ( "positive dys-functioning").

Plus loin, Invisible Istanbul (AR)

Très aboutie est l'interprétation de la Réalité Augmentée - traitée de multiples façons à ISEA 2011 - vue par Tamiko Thiel. Invisible Istanbul fait partie du programme officiel. L'usage du smartphone pour "hacker" l'espace et y exposer des oeuvres virtuelles AR est très réussi, dans la mesure où il est réalisé avec une vraie dimension esthétique. la superposition est sobre, identifiable, pertinente. Là encore on fait appel à ces "forces invisibles" qui traverssent la ville - selon l'artiste. Tophane, là où se situe le musée d'art contemporain Istanbul Modern  a été historiquement une usine de munitions, c'est cette évocation historique qui se supperpose de façon symbolique au site actuel sur l'écran du mobile. Avec l'architecte Pattu (Cem Kozar et Isil ünal) et Urban Dynamics on peut explorer les quartiers de Karakoy et Galata. une nouvelle façon d'appréhender la ville.
Sur votre mobile : lancer invisibleistanbul.org/ci.

TamikoThielISEATamikoThielIstanbul

Les oeuvres d'art d'artistes "persécutés" sont placées via GPS dans différents lieux autour du  monde. On peut les voir sur un smart phone. A Istanbul : "Shades of absence", par exemple, (Android ou phone 4) aller à la célèbre Hagia Sophia et sur votre téléphone portable sur le site : mission-base.com/sa

Workshop AR (atelier réalité augmentée) : l'importance du "storytelling"

ARWorkshopISEA2011L'atelier de réalité augmentée, après une présentation au Karakoy Center qui consistait dans la visite de plusieurs sites tels que :
http://site.layar.com/company/blog/uar-urban-augmented-reality-experience-the-past-present-and-future/

l'atelier était centré autour de l'importance du storytelling, l'art de raconter une histoire, et pas seulement la prouesse technique. Il s'agissait de sortir du classique "audioguide" pour aller explorer l'AR en 2D et 3D qui offre de bien plus excitantes possibilités. La technolgie utilisée étant le CMS Layar du Stedelijk Museum. Il se déroulait  ensuite dans les rues d'un quartier ancien d'Istanbul, Galata, anciennement Pera. Les deux intervenants, Hein Wils et  Dr. Margriet Schavemaker, sont en poste au musée Stedelijk, Pays Bas (actuellement fermé) travaillent  à une plateforme personnalisée de réalitée augmentée pour le musée. L'atelier et le Stedelijk Museum nous ont permis d'expérimenter dans les rues le travail d'artistes en résidence à Istanbul  Tina Bastajian (US/NL) and Seda Manavolu ont choisi de raconter une histoire autour d'un café d'istanbul où on prédit l'avenir ...dans une tasse de café. C'est donc la tasse de café qu'on voit apparaître sur le "smartphone" pour une "chasse au trésor" (géocaching) à travers les rues et les vendeurs de pistaches et de kébab! Coffee Deposits:::Topologies of Chance, an interactive cross-media project.WorkshopAR

Workshop Art collider (Maurice Benayoun et Robin Gareus)

TheArtCollidervideo

L'atelier The Art Collider (voir l'article sur artank) mené lors d'ISEA 2011 par Maurice Benayoun  et quelques mots clefs décisifs, collage, «plagiarisme», sampling, vjing, interconnecté, écosystème, échange, flux, circulation, ont permis de mieux comprendre le fonctionnement de ce dispositif en ligne, littéralement «accélérateur de particules pour l'art». Un article y est consacré.

Un parcours personnel dans les rues d'Istanbul : "Personal, And it is Not"

Istanbul possède encore bien d'autres musées et galeries d'art contemporain. Ainsi j'ai regretté de ne pouvoir faire la visite proposée avec le commissaire Richard Castelli "matter-light" au Borusan qui exposait entre autres Jean-Michel Bruyère. Mais par hasard en descendant l'une de ces rues pentues de Beyoglu, je suis entrée visiter une exposition pleine d'oeuvres d'artistes de  talent dans la galerie DAIRE "Personal, And it is Not". La vidéo "Portable Mosquee" ci-dessous visible galerie DAIRE. 

GalerieDAIRE

 

Le même jour au consulat des Pays Bas rue Istiklal se déroulait un débat autour de  "Qu'est-ce qu'une biennale?" ou plus précisément "Biennals as platforms for social Change."

Consulat NDL

Consulate general of the Kingdom of the Netherlands with School of Media Design & New media NABA Jean-Paul Dirkse, Ambassador, Onno Kervers, Consul General, Marieke van Hal (NL) Director Biennal Foundation.

 

 

 (à suivre)

 

 

 


Territoires :

English version

ISEA 2011 ISTANBUL

For its exhibition ISEA2011 Istanbul intends to focus on the relationship between real and virtual as a process en route of the transformation of the artwork's multiple cultural contexts that are ungraspable in their complex interactions.

 "UNTITLED" : The 12th Istanbul Biennal

The Istanbul Foundation for Culture and Arts has been organising the Istanbul Biennial since 1987. The Biennial aims to create a meeting point in Istanbul in the field of visual arts between artists from diverse cultures and the audience. 'Untitled': 12th Istanbul Biennial, 2011, curated by Jens Hoffmann and Adriano Pedrosa. 2011-05-03
The 12th Istanbul Biennial will explore the relationship between art and politics, focusing on works that are both formally innovative and politically outspoken. The work of the Cuban-American artist Felix Gonzalez-Torres (1957-1996) is a clear example of this kind of artistic practice, and a primary inspiration for the biennial. The title of the biennial, "Untitled (12th Istanbul Biennial), 2011", deliberately references the way in which Gonzalez-Torres named most of his works: "Untitled" followed by a description in parentheses.

 Other art events the same week : http://iphone.istanbulmodern.org/en/EventDetails.aspx?oId=630 DREAM AND REALITY
MODERN AND CONTEMPORARY WOMEN ARTISTS FROM TURKEY
16 September, 2011 -22 January, 2012 Exhibition Sponsor: Eczac?ba??, Curators: Fatmagül Berktay, Levent Çal?ko?lu, Zeynep ?nankur, Burcu Pelvano?lu

With the exhibition "Dream and Reality- Modern and Contemporary Women Artists from Turkey", Istanbul Modern aims to put on the agenda Turkey's social and cultural transformation via the work of women artists. The exhibition, which is centered on the position of women artists in modern and contemporary art, offers a new, alternative perspective on the sociocultural history of Turkey.

 ISEA 2011:  6x6/36 Launch

A small white book  6x6/36, http://www.nunc.com/6x6-2/deplacementmobility, and you can besome your own curator with works by  Annie Abrahams, Beatriz da Costa, Nicolas Frespech, Antti Laitinen, Albertine Meunier et Servovalve (Gregory Pignot et Alia Daval).Deplacement_nunc6×6/36 explores the boundaries between publication and exhibition.
nunc art/sciences/technology : Clarisse Bardiot, Annick Bureaud, Cyril Thomas et Jean-Luc Soret. AkousmafloreIstanbul

Scenocosme (Grégory Lasserre & Anaïs met den Ancxt)

Akousmaflore

Just touch delicalety these plants and you will hear astonishing sounds.An encounter worth to experiment.

En savoir plus

5 bonnes raisons d'aller à istanbul : http://www.evene.fr/lieux/actualite/istanbul-turquie-sainte-sophie-mosquee-bosphore-1106.php

ISEA 2011 a eu lieu à Istanbul, Université Sanbanci organisateur

HYPERSTRATA Gallery

 SUBJECTILE

Subjectile a pour objet la promotion et la diffusion de la création contemporaine sous toutes ses formes (arts de la scène, arts plastiques, arts numériques...) par le biais d'éditions imprimées et électroniques.
Commander la version pdf : http://librairie.immateriel.fr/fr/list/editeur-457
Datamatrix : http://fr.wikipedia.org/wiki/Datamatrix

Publication imprimée bilingue sur papier auto-collant. A commander auprès de Subjectile. 9,50 € TTC + Frais de port
Version numérique en français ou en anglais à imprimer soi-même. A télécharger sur la librairie en ligne Immatériel.

SCENOCOSME

 http://www.scenocosme.com/akousmaflore.htm, http://www.scenocosme.com/contacts_installation.htm

(à suivre)

Vos commentaires (1 Commentaire(s))

Showing comments 1 to 10 of 21 | Next | Last
Showing comments 1 to 10 of 21 | Next | Last

Laissez un commentaire